Saison 2014 - 2015

Compagnie Argile Théâtre
Avignon

Fiches des spectacles Argile


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Présentation de la compagnie Argile Théâtre

ARGILE THEATRE :

Un lieu où toute PAROLE D'ARGILE, donc nécessairement fragile et sensible, est privilégiée, notamment dans une approche poétique et symbolique, préférant toujours défendre un répertoire peut-être difficile, mais  porteur  d'une    puissance   d'évocation humaine  et   spirituelle.

Dans l'argile de ce théâtre, nous essaierons, par notre travail et nos réalisations, de laisser comme une empreinte de notre passage, sans orgueil, sans prétention, mais comme un clin d'œil, ou plutôt, et davantage : comme un coup de griffes… furtif et discret.

Un coup de griffes : sans agressivité ni violence, mais instinctif et vital !

L'édito de Dominique DAVIN

Il y a quelque temps, quelqu'un m'a posé ces deux questions :
"En jouant cette pièce, comment il en ressort que Thérèse d'Avila est bien une femme pour notre temps ?" et :
"Quel chemin vous a fait faire le spectacle sur Thérèse d'Avila ?"
En quelque sorte, on me demandait un "témoignage", un "commentaire". Voici ce que j'ai répondu et que je souhaite partager avec les visiteurs de ce site :

Une fois que l'acte théâtral est posé, nous avons tout dit ! C'est ensuite à celles et ceux qui l'ont vu de parler et/ou d'analyser et de décortiquer ce qui a été posé. L'acteur et le metteur en scène disent TOUT ce qu'ils ont à dire dans l'espace scénique ;
mais ensuite il leur devient très difficile d'en parler.
Par exemple, pour ma part il est absolument impossible de répondre à la première question. C'est à l'auteur du texte et aux spectateurs à répondre à cette question : Comment est-ce que Thérèse d'Avila est bien une femme pour notre temps ? Pour l'actrice et pour le metteur en scène, Thérèse est un personnage à faire vivre sur une scène aujourd'hui face à un public d'un soir et... c'est tout (et c'est déjà énorme) !
C'est là tout notre travail et toute notre responsabilité.
Le reste ne nous appartient pas. Chaque spectateur dira ensuite si oui ou non Thérèse est bien une femme pour notre temps. Bien sûr, moi, je dirais qu'elle l'est nécessairement, mais au même titre que tout personnage qui est mis en scène et qui est incarné par un acteur ou une actrice. Et que ce personnage s'appelle Thérèse d'Avila, Macbeth, Roméo, Juliette ou Etty Hillesum.

Idem pour le chemin que cette pièce nous fait faire à Sandrine et à moi. En vérité, toute pièce nous fait faire un chemin, et c'est bien cela qui est l'une des merveilles de ce métier : nous côtoyons successivement tant de personnages tous plus extraordinaires les uns que les autres que notre propre parcours de vie s'en trouve enrichi à chaque fois.
Mais comment discerner précisément ce que chacun des personnages que nous avons "fréquenté" nous a apporté ? Ce qui éclôt en moi aujourd'hui est peut-être le fruit d'un "compagnonnage" avec un personnage travaillé il y a 3, 4 ou 10 ans... qui sait ? Et d'ailleurs, le chemin parcouru n'est visible que lorsque l'on prend le temps de se retourner. Or, le théâtre est l'art de l'instant, non du retour sur le passé, le "déjà-vécu".. Donc, quel chemin cette pièce m'a-t-elle fait faire ? Honnêtement, je ne sais pas, et au fond cela m'importe peu. Par contre, je sais ce que le théâtre me fait faire comme chemin chaque jour et ça, c'est précisément ce qui me passionne dans ce métier. Le théâtre augmente en moi le sens de l'éphémère et la passion de l'humain (de ses "hauts" et de ses "bas"). Dans mon parcours professionnel, Shakespeare et Molière m'ont apporté autant que Thérèse d'Avila et Etty Hillesum. C'est le parcours du théâtre qui me fait faire un chemin d'humanité, mais pas seulement une pièce isolée. Une pièce est un petit pas, le théâtre est le chemin tortueux et quelquefois aride qui me fait devenir pèlerin au but incertain. Et cette incertitude du but est aussi ce qui renouvelle en permanence l'envie forte, le désir profond de toujours fréquenter de nouveaux personnages qui vont m'aider chacun à faire un nouveau petit pas pour m'apprendre à marcher sur ce long, long chemin semé d'embûches et de joyeuses haltes improbables.

Le théâtre N'EST PAS l'art du témoignage ni celui des "réponses", mais plutôt l'art de l'incertitude et du questionnement. Le théâtre ne répond à rien, ne témoigne de rien, sinon de la quête des hommes et des femmes, de leur fragilité et de leur chemin chaotique. C'est ça la beauté et la force du théâtre, c'est qu'il n'est pas (et ne doit jamais être) ni idéologique, ni porte-drapeau d'une cause quelconque, ni un lieu de "prêche", ni prosélyte. Il est un peu comme Etty Hillesum : on ne doit pas chercher à le (et à la) récupérer. Et c'est en cela que je pense qu'il n'y a pas de "théâtre chrétien", pas plus qu'il n'y a
d' "Art chrétien"! Il y a le théâtre, il y a l'Art. Tout le reste est commentaire et récupération d'une liberté inconditionnelle.

Demain, et puis demain, et puis demain,
Glissent à petits pas d’un jour à l’autre
Jusqu’à la dernière syllabe du registre des temps ;
Et tous nos hiers n’ont fait qu’éclairer pour des fous
La route de la mort poussiéreuse. Eteins-toi, éteins-toi, brève chandelle !
La vie n’est qu’une ombre errante ; un pauvre acteur
Qui se pavane et s’agite une heure sur la scène
Et qu’ensuite on n’entend plus ; c’est une histoire
Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur,
Et qui ne signifie rien.


"William Shakespeare" Acte V - Scène 5